Vous cliquez sur « Payer », vous validez sur votre téléphone, et c’est fini. On a l’impression que tout s’est joué entre vous et le marchand. En vrai, il y a beaucoup plus d’acteurs, et la plupart, vous ne les voyez jamais.
Je reste ici sur le mobile money (l’argent lié à votre numéro de téléphone), le moyen de paiement en ligne le plus courant en Afrique de l’Ouest. C’est la version détaillée de ma vidéo sur le sujet.
Ceux que vous voyez : l’acheteur et le marchand
Les deux premiers, tout le monde les connaît : vous, l’acheteur, et le marchand, c’est-à-dire le site ou l’application qui encaisse l’argent.
La manière de valider dépend de votre opérateur. Prenons Orange Money en Côte d’Ivoire : selon le parcours, une fenêtre vous demande votre code secret, ou bien on vous demande de composer #144#, qui est le menu principal d’Orange Money d’après le site d’Orange Côte d’Ivoire, pour obtenir un code de paiement à recopier sur la page du marchand. Dans les deux cas, c’est vous qui avez le dernier mot, avec un téléphone, un réseau et quelques secondes de patience.
Les portefeuilles comme Wave fonctionnent autrement. Wave a sa propre application : le marchand vous redirige vers elle, et c’est là que vous confirmez le paiement. Sa documentation décrit une redirection vers l’application et ne parle pas de demande envoyée sur le téléphone par un menu USSD (les codes en #...#). C’est donc un cas à part.
Les intermédiaires : l’opérateur, puis l’agrégateur
Entre vous et le marchand, il y a d’abord votre opérateur mobile money, par exemple Orange Money, MTN MoMo ou Moov Money. C’est lui qui tient votre compte, vérifie votre code et débite votre solde. Petite précision qui compte : dans l’UEMOA, ce n’est pas l’opérateur télécom lui-même qui gère l’argent, mais une société dédiée, un établissement de monnaie électronique. En Côte d’Ivoire, la liste officielle compte par exemple « Orange Money Côte d’Ivoire » et « MTN Mobile Financial Services Côte d’Ivoire », à côté des sociétés télécoms.
Ensuite vient l’agrégateur, qu’on appelle aussi PSP (prestataire de services de paiement). Paystack, Flutterwave, pawaPay ou FedaPay en sont des exemples. Il signe avec les opérateurs pays par pays, et le marchand n’a plus qu’un seul contrat à signer, avec lui.
Pourquoi ne pas aller directement chez l’opérateur
C’est possible, plusieurs opérateurs publient une API de paiement. Orange propose par exemple Orange Money Web Payment, dont la page développeur liste onze pays. Mais dans la pratique, ce n’est pas une intégration, c’est une série de dossiers : un dossier et un contrat par pays, avec la filiale locale de l’opérateur, donc encaisser au Sénégal et en Côte d’Ivoire chez le même opérateur, ce sont deux démarches. Il faut compter des semaines d’attente avant d’avoir l’accès à la production, et parfois des papiers.
Je l’ai vécu. Pour une intégration directe, j’ai dû envoyer par coursier les papiers de l’entreprise et une déclaration d’adresse IP fixe, puis faire les tests avec le personnel de l’opérateur. Pour une grande entreprise qui encaisse beaucoup dans un seul pays, ça peut valoir le coup. Pour une PME, une startup ou un développeur seul, c’est presque hors de portée.
Ce que change l’agrégateur
Avec un agrégateur, c’est plus simple : un seul contrat, une seule intégration (une seule API, avec une seule documentation), et plusieurs opérateurs et plusieurs pays d’un coup. En échange, il prend une commission sur chaque paiement. Pour donner un ordre de grandeur public, Paystack affiche 1,95 % hors taxes pour le mobile money en Côte d’Ivoire, et les grilles publiques que j’ai consultées chez d’autres agrégateurs ouest-africains vont de 2 à 3,5 % selon le pays. Sur 5 000 FCFA, 2 % représentent 100 FCFA.
Aucun agrégateur ne couvre tous les opérateurs de tous les pays, et « le pays est couvert » ne veut pas dire que tous ses opérateurs le sont. Par exemple, d’après leur documentation du 18 octobre 2026, Paystack encaisse du mobile money au Ghana, au Kenya et en Côte d’Ivoire, pawaPay dans 21 pays, et FedaPay dans 5 pays dont le Bénin, le Togo et la Côte d’Ivoire. Ce n’est pas un classement, c’est seulement pour montrer que les périmètres sont très différents.
Ceux qui restent dans l’ombre : la banque et la banque centrale
Il y a ensuite deux acteurs que vous ne croisez jamais pendant un paiement.
D’abord la banque. Votre argent mobile money n’est pas réellement « dans le téléphone » : l’instruction BCEAO 008-05-2015 impose que les fonds qui correspondent à la monnaie électronique émise soient placés dans un compte exclusivement dédié, auprès d’une banque, et ne servent pas à financer l’activité de l’opérateur. La même instruction prévoit que vous pouvez demander à tout moment le remboursement de votre monnaie électronique à sa valeur nominale en FCFA, c’est-à-dire 1 000 FCFA sur votre compte vaut bien 1 000 FCFA, rien de moins.
Ensuite la BCEAO, la banque centrale de huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal et Togo). C’est elle qui fixe les règles, et c’est elle qui donne les agréments (l’autorisation officielle d’exercer) aux établissements de monnaie électronique comme aux établissements de paiement. Au 31 août 2026, sa liste en recensait 34 pour les établissements de paiement.
Le marchand n’en choisit vraiment qu’un
Donc, pour un seul paiement, il y a au moins six acteurs : vous, le marchand, l’opérateur, l’agrégateur, la banque et la BCEAO. Parmi eux, le marchand n’en choisit vraiment qu’un, qui est l’agrégateur. Les opérateurs sont ceux de votre téléphone, la banque et la BCEAO s’imposent à tout le monde.
C’est ce choix qui décide avec quoi vous allez pouvoir payer. Si l’agrégateur retenu ne couvre pas votre opérateur dans votre pays, le bouton correspondant n’apparaît tout simplement pas sur la page de paiement, quel que soit votre solde. Et c’est aussi lui qui décide de la commission, du délai de reversement au marchand et de l’expérience du développeur qui l’intègre, dont je parlais dans mon article précédent.
Combien d’agrégateurs, et où les comparer ?
Du coup, j’ai voulu savoir combien il y a d’agrégateurs en Afrique. Il y en a beaucoup plus que je ne pensais. Et pour un marchand, les comparer demande de croiser au moins cinq informations, rarement présentées de la même façon d’un site à l’autre :
- les pays où il encaisse réellement, pas seulement ceux où il est présent ;
- les opérateurs couverts dans chacun de ces pays ;
- la commission, qui varie souvent selon le pays et le moyen de paiement ;
- le délai de reversement, c’est-à-dire le temps avant que l’argent arrive sur le compte du marchand ;
- la documentation, et la possibilité de la lire et de tester avant de signer.
Ces informations sont dispersées entre les sites, les documentations et les grilles tarifaires, et elles changent souvent. Je n’ai trouvé aucun endroit pour tous les comparer.
Et vous, par quel agrégateur passez-vous ?
Si vous vendez en ligne, vous passez par quel agrégateur ? Et pourquoi celui-là : les pays, les opérateurs, la commission, le support, ou simplement le premier qui a répondu ? Dites-le-moi en commentaire sous le post qui partage cet article, avec le pays si possible.
Et si vous êtes plutôt du côté de ceux qui paient, la question vaut aussi : la prochaine fois qu’un moyen de paiement manque sur un site, vous saurez que c’est souvent le choix de l’agrégateur, pas un oubli du marchand.
Si un fait de cet article est faux ou périmé, dites-le aussi, je le corrige.